PFAS à la maison : ce qui est interdit depuis 2026, ce qui reste sur vos étagères

Gros plan sur le revêtement antiadhésif rayé d'une poêle, avec ses sillons en spirale

Depuis le 1er janvier 2026, la France interdit l’utilisation des PFAS dans toute une série de produits du quotidien. Ces substances per- et polyfluoroalkylées, surnommées « polluants éternels » parce qu’elles ne se dégradent quasiment jamais, sont ce qui rend une poêle antiadhésive ou un pantalon de ski déperlant… antiadhésifs ou déperlants. Elles se sont accumulées depuis les années 1950 dans une bonne partie de ce qui équipe une maison. La nouvelle loi, dont les décrets d’application ont été publiés fin décembre 2025, ne les fait pas disparaître d’un coup : elle trace une ligne, avec des produits interdits dès maintenant et d’autres qui attendront 2030. Voici ce qui change réellement chez vous, et ce qui reste à surveiller vous-même.

Ce qui est interdit depuis le 1er janvier 2026

La loi du 27 février 2025 « visant à protéger la population des risques liés aux PFAS » a posé le principe. Ses décrets d’application, parus le 22 et le 28 décembre 2025, en précisent la liste. Sont désormais interdits à la fabrication, à l’importation et à la vente en France s’ils contiennent des PFAS :

  • les produits cosmétiques (maquillage, soins, produits de beauté) ;
  • les vêtements d’habillement ;
  • les chaussures ;
  • les produits imperméabilisants destinés aux textiles et aux chaussures ;
  • les farts de ski.

Deux dérogations méritent d’être connues avant de se sentir totalement protégé. D’abord, les produits destinés aux missions de défense nationale ou de sécurité civile — les tenues de pompiers en premier lieu — restent autorisés, leur rôle protecteur justifiant pour l’instant l’usage de PFAS. Ensuite, les textiles et chaussures contenant au moins 20 % de matière recyclée issue de déchets post-consommation échappent eux aussi à l’interdiction. Enfin, les produits fabriqués avant le 1er janvier 2026 peuvent continuer à être vendus jusqu’à la fin de l’année : un vêtement imperméabilisant encore en rayon aujourd’hui n’est donc pas forcément conforme à la nouvelle règle.

Goutte d'eau perlant sur un textile traité déperlant en polyester
Le traitement déperlant d’un textile : c’est ce type d’imperméabilisation que la loi interdit depuis le 1er janvier 2026. Image d’illustration. Photo Petar Milošević, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Ce qui reste autorisé, et pour combien de temps

C’est le point que beaucoup de foyers ignorent encore : les ustensiles de cuisine ne figurent pas dans cette première liste. Une poêle ou une casserole antiadhésive au PTFE reste parfaitement légale à la vente, tout comme un moule à gâteaux en silicone traité. L’exemption a fait l’objet d’un lobbying documenté de la part de Seb, qui fabrique les poêles Tefal — la presse spécialisée a largement relayé les échanges entre l’industriel et les parlementaires au moment du débat.

Les textiles de la maison suivent un calendrier séparé, plus lointain. Tapis, moquettes, rideaux, housses de matelas, nappes, sets de table, tabliers de cuisine et maniques ne seront concernés par l’interdiction qu’à partir du 1er janvier 2030, à l’exception des textiles techniques à usage strictement industriel qui resteront autorisés sous réserve de figurer sur une liste fixée par décret. Autrement dit, un canapé ou un tapis neuf traité « anti-taches » acheté cette année peut tout à fait contenir des PFAS sans que rien ne l’interdise avant plusieurs années.

Un dernier point de vigilance : la loi exempte aussi les produits ne contenant qu’une « faible quantité » de PFAS, sans fixer elle-même ce seuil — il sera défini par décret séparé. Cette souplesse permettra d’ajuster la règle aux progrès de la détection, mais elle laisse aussi la porte ouverte à un seuil fixé trop haut sous la pression des fabricants. Rien ne garantit aujourd’hui qu’il sera strict.

L’eau du robinet, sous surveillance renforcée depuis cette année

Le volet le moins visible de la loi concerne l’eau destinée à la consommation humaine. Depuis janvier 2026, l’État a l’obligation de mesurer la teneur en vingt PFAS différents dans l’eau du robinet, pour répondre à une directive européenne. Les agences régionales de santé doivent désormais publier chaque année leurs programmes d’analyse, et le ministère de la Santé doit publier un bilan annuel de la qualité de l’eau distribuée. Deux substances supplémentaires — l’acide trifluoroacétique et l’acide 6:2 fluorotélomersulfonique — viendront s’ajouter à ce contrôle sanitaire en 2027. Les données commune par commune, une fois publiées, seront consultables sur les portails publics dédiés à la qualité de l’eau ; c’est une vérification simple à faire une fois par an, au même titre que la qualité de l’air que vous respirez chez vous.

Eau qui coule d'un robinet de cuisine
L’eau du robinet fait l’objet d’un contrôle PFAS renforcé depuis 2026. Image d’illustration. Photo Fourteenzerozero, CC0, via Wikimedia Commons.

Ce que vous pouvez vérifier vous-même avant un achat

En attendant que la réglementation avance, quelques réflexes suffisent à réduire l’exposition sans attendre 2030 :

  • pour les cosmétiques, les labels Cosmébio ou Ecocert excluent par construction les substances fluorées ; à défaut, la liste INCI au dos de l’emballage trahit un PFAS dès qu’un ingrédient contient « fluoro » ou « perfluoro » dans son nom ;
  • pour un vêtement ou une paire de chaussures imperméable, les labels Oeko-Tex ou GOTS, ou une mention explicite « sans PFAS » sur l’étiquette, indiquent un traitement déperlant non fluoré (DWR) — de plus en plus répandu depuis que plusieurs fabricants de vêtements techniques ont abandonné les PFAS de leur propre initiative, avant même d’y être obligés ;
  • pour une poêle ou une casserole, rien n’oblige à jeter ce que vous possédez déjà, mais l’inox, la fonte et la céramique cuisent tout aussi bien sans revêtement chimique, sans les contraintes d’entretien du PTFE ;
  • pour un canapé, un tapis ou un rideau neuf, une mention « anti-taches » ou « déperlant » sans autre précision doit alerter : ces textiles ne sont pas encore réglementés, la vigilance reste entièrement à la charge de l’acheteur jusqu’en 2030.
Étiquette de composition cousue à l'intérieur d'un vêtement
Lire l’étiquette et la composition reste, en attendant une réglementation plus large, le réflexe le plus fiable. Image d’illustration. Photo 邰秉宥, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons.

Entretenir ce que vous avez déjà, sans aggraver les choses

Pour les objets qui ne sont pas près de disparaître de vos placards, l’enjeu devient l’entretien plutôt que le remplacement. Une poêle antiadhésive se dégrade — et libère davantage de particules du revêtement — dès qu’elle est chauffée à vide au-delà d’environ 260°C, ou récurée avec un ustensile métallique ou un tampon abrasif : mieux vaut la remplacer dès que le revêtement est visiblement rayé plutôt que de continuer à s’en servir. Pour les textiles d’ameublement déjà traités contre les taches, évitez les nettoyants agressifs qui abîment le traitement de surface et forcent à en remettre une couche : les recettes naturelles au vinaigre et au bicarbonate restent la meilleure option pour un entretien courant sans y ajouter de chimie supplémentaire. Et pour les tapis et moquettes, un passage régulier au nettoyeur vapeur — dont on rappelle ici comment bien entretenir l’appareil lui-même — évite d’accumuler la poussière qui, elle, retient toutes sortes de résidus, PFAS compris.

La loi de 2026 n’est donc qu’une première étape : elle retire les PFAS des cosmétiques et de l’habillement, laisse la cuisine et l’ameublement de côté encore quelques années, et mise sur la transparence pour le reste — celle de l’eau, et celle des étiquettes que chacun devra apprendre à lire. D’ici 2030, la meilleure protection reste de vérifier avant d’acheter, plutôt que de chercher à décontaminer après coup ce qui est déjà dans la maison.