Détergents : le nouveau règlement européen est en vigueur, mais rien ne change dans vos placards avant 2029

Le 2 mars 2026, le Journal officiel de l’Union européenne a publié le règlement (UE) 2026/405 sur les détergents et les agents de surface, adopté le 11 février à Strasbourg. Il est entré en vigueur vingt jours plus tard, le 22 mars 2026, et il abroge le règlement de 2004 qui encadrait jusqu’ici les lessives, les liquides vaisselle et les nettoyants ménagers vendus dans l’Union. Depuis le printemps, on lit un peu partout que les étiquettes vont changer, que les allergènes seront déclarés et que les produits deviendront plus biodégradables. C’est exact, mais le texte lui-même situe ces changements beaucoup plus loin qu’on ne le croit : son article 37 en repousse l’application au 23 septembre 2029, avec deux exceptions qui vont encore au-delà. Voici ce que ce règlement prévoit vraiment, et quand.
Un texte de 2004 remplacé, et pourquoi maintenant
Le règlement (CE) no 648/2004 est abrogé avec effet au 23 septembre 2029, précise l’article 35. Ce n’est donc pas une révision partielle : c’est un remplacement complet, avec une longue période de recouvrement pendant laquelle l’ancien texte reste seul applicable.
Le texte de 2004 n’était pas vide de contenu : il imposait déjà la biodégradabilité des agents de surface et plafonnait les phosphates dans les lessives et les produits pour lave-vaisselle domestiques. Ces deux piliers sont repris, et le second reste renvoyé à une annexe dédiée. Ce qui change, c’est tout ce qui s’est ajouté au marché depuis vingt-deux ans.
Le législateur européen explique lui-même ce qui l’a décidé. Son considérant 3 vise deux évolutions du marché que le texte de 2004 ne couvrait « pas du tout ou pas entièrement » : la mise au point de détergents contenant des micro-organismes, et la vente de recharges. S’y ajoutent la vente en ligne, difficile à contrôler quand il n’existe ni fabricant établi dans l’Union ni importateur, et la possibilité de faire porter par le numérique une partie de l’information réglementaire.

Les trois échéances à retenir
L’article 37 pose le principe : le règlement est applicable à partir du 23 septembre 2029, à l’exception des paragraphes 3 et 4 de son article 4. Ces deux paragraphes, consacrés à la biodégradabilité, ont leur calendrier propre, et il est plus tardif encore.
- 23 septembre 2029 : l’ensemble du règlement devient applicable, étiquetage compris.
- 23 mars 2032 : les films et les polymères contenus dans les films doivent satisfaire aux exigences de biodégradabilité de la partie B de l’annexe I. Ce sont les doses hydrosolubles, ces capsules de lessive ou de lave-vaisselle qu’on jette dans le tambour sans les ouvrir.
- 23 mars 2034 : les substances organiques ajoutées intentionnellement à hauteur d’au moins 10 % de la masse totale hors eau, autres que les agents de surface et les films, doivent à leur tour être biodégradables.
L’article 36 ajoute une souplesse que peu de commentaires relèvent : un détergent conforme à l’ancien règlement et mis sur le marché avant le 23 septembre 2029 peut continuer à être vendu « pour une durée indéterminée ». Les produits mis sur le marché dans l’année suivante bénéficient, eux, d’un écoulement jusqu’au 23 septembre 2030. Autrement dit, un bidon fabriqué sous les règles de 2004 pourra rester en rayon bien après la bascule.
Ce que l’étiquette devra dire
Le cœur du changement pour un acheteur tient à l’étiquetage, et il vise trois informations.
Les fragrances allergisantes d’abord. Le règlement crée des exigences spécifiques qui ne jouent que lorsque ces substances ne sont pas déjà étiquetées au titre du règlement CLP de 2008. L’objectif énoncé est clair : permettre aux personnes sensibilisées d’éviter le contact avec la substance à laquelle elles réagissent, même présente à faible concentration.
Les agents conservateurs ensuite, avec une précision qui compte. L’obligation ne portera pas seulement sur ceux que le fabricant ajoute délibérément, mais aussi sur ceux qui arrivent par ses mélanges de constituants, ce que le texte appelle les conservateurs « résultant d’un transfert ». C’est exactement ce qui échappe aujourd’hui à une lecture d’étiquette.

Le dosage enfin. Les lessives textiles, les produits pour lave-vaisselle et les nettoyants de surface destinés aux consommateurs devront porter l’information sur la quantité correcte à utiliser, avec une justification que le texte assume : prévenir le surdosage. Pour les recharges, une partie de l’information pourra ne vivre que sous forme numérique, mais trois éléments resteront obligatoirement sur un support physique, le dosage simplifié des lessives, les fragrances allergisantes et les conservateurs.
Cette distinction entre information numérique et information physique est la réponse du législateur à un problème concret : une recharge tient dans une poche souple de quelques grammes d’emballage, sur laquelle il n’y a matériellement pas la place d’imprimer une liste complète de constituants. Le compromis retenu conserve sur le produit ce qui peut déclencher une réaction allergique ou un surdosage, et bascule le reste vers l’étiquette numérique.
- Le dosage simplifié, pour les lessives textiles destinées aux consommateurs.
- Les fragrances allergisantes présentes dans le produit.
- Les agents conservateurs, ajoutés ou issus d’un transfert.
Les nettoyants à micro-organismes sortent enfin du vide juridique
C’est la nouveauté la moins commentée et sans doute la plus utile. Les produits d’entretien dits probiotiques, vendus depuis des années en jardinerie et en ligne, contiennent des micro-organismes vivants comme composants actifs. Le règlement observe qu’ils ont « leur propre biologie », qu’ils peuvent proliférer, survivre dans des environnements variés et produire des métabolites et des toxines d’importance toxicologique. Il en tire qu’ils diffèrent nettement des détergents conventionnels.
Surtout, il constate que ces micro-organismes ne relèvent ni de l’enregistrement REACH ni d’aucune autre obligation européenne imposant au fabricant de démontrer que l’usage prévu est sûr. À partir de 2029, ils ne pourront être utilisés que s’ils sont clairement identifiés et si leur innocuité est démontrée, données à l’appui : c’est l’objet de l’article 5 et de l’annexe II.
Ce que cela change pour vous cette année
Rien, et c’est le point à garder en tête. Jusqu’en septembre 2029, l’étiquette d’un nettoyant ménager obéit toujours aux règles de 2004, et une bouteille achetée aujourd’hui ne vous dira pas quels conservateurs elle a hérités de ses matières premières. Le tri reste à votre charge, comme il l’est déjà pour les substances per- et polyfluoroalkylées interdites depuis janvier.
Deux réflexes restent utiles d’ici là. Doser au plus juste, parce que le surdosage est la première cause de résidus sur le linge et dans les canalisations, et que le règlement lui-même en fait un motif d’action. Et réduire le nombre de produits différents sous l’évier : quelques recettes au vinaigre et au bicarbonate couvrent une bonne partie des usages courants sans parfum de synthèse. Cela vaut aussi pour ce que l’on respire réellement chez soi, où les produits d’entretien pèsent plus qu’on ne l’imagine.
